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Hawayann Kastelmann, enfin

 Il s’attaque à un travail en pensant par secteur, à la manière des fresquistes. C’est une obligation qu’on comprend si on pense au film La mort suspendue que possédait son frère et qu’il a vu. Il s’agit de deux alpinistes dont l’un se retrouve seule avec une jambe cassée dans la descente. Il ne parvient qu’à rentrer, miraculeusement, en se fixant de petites étapes, à la hauteur de son état. Car s’il se représentait à l’avance tout l’effort à produire, toute la distance à parcourir, il n’aurait pas l’énergie de se mettre en marche. On ne sait, d’ailleurs, s’il pense à un moment qu’il pourra sauver sa peau. Il y arrive presque par surprise, sans s’y attendre. Mais il y arrive.

De la même façon, notre hurluberlu s’accroupit devant ses nappes avec des secteurs à remplir. Il entame une fraise qui recouvre quatre centimètre carré, commence l’aile de cet oiseau, rempli petit à petit. A la fin, après plusieurs dizaine d’heures, il arrive dans le coin en haut à droite et on ne saurait pas dire s’il ressent la satisfaction d’avoir terminé son ouvrage ou déjà une sorte de regret de n’avoir plus rien à faire, comme s’il se trouvait soudainement démuni.

 Lui a la vaisselle, l’autre le ménage. Le partage s’est naturellement fait de lui-même. C’est en le remarquant plus tard qu’ils officialisèrent ce qui malgré eux s’était imposé.

 Comme beaucoup, son envie est une peur. Et l’angoisse l’active. Il redoute une vie de courant d’air. Passer inaperçu : voilà le pire à ses yeux. Le gâchis d’une vie manquée sans trace de son passage.

Toute son activité se lit à travers le filtre de l’existence. Être ce que tu fais, telle pourrait être sa devise. C’est comme si chaque travail, chaque moment passer à fabriquer n’était qu’une parcelle du présent sous la pression d’une conscience de la disposition.

Faut-il alors parler de peur lorsqu’il s’agit surtout d’admettre sa condition et d’adopter l’attitude appropriée ? Que le jour où il parte, son existence ne disparaisse avec lui.

Rien de morbide là dedans. D’ailleurs, rien dans son comportement ne laisse à penser qu’il vivait habité sans cesse par l’angoisse de la mort comme un condamné allongé sous le couperet et soumis au timing de son bourreau.

C’est l’essence de la vie que la fugacité. En se définissant comme individu de passage, il ne fait que constater avec lucidité sa nature d’être vivant.

Pourtant, il en découle une évidente pression qui marque son existence. Sans parler d’hyperactif, ou de tension inquiétante, il se laisse souvent gagner par une urgence de l’action qu’une nature impulsive ne peut qu’exacerber. En outre, le temps est pour lui le plus précieux des matériaux.

A ses yeux, luxe des luxes, il redoute par-dessus tout de le gâcher, comme on manquerait une révérence devant un monarque.

C’est que chaque minute passée, chaque seconde écoulée s’enfuie pour toujours et ne se retrouve jamais. Perdre son temps, voilà le plus grave.

Et s’il (le temps) est pour Héraclite des enfants qui joue au tric trac, ici c’est un individu qui modèle, recouvre ou inscrit.

Le temps file lorsque l’on gagne ou que la partie s’emballe, mais il s’allonge dès les premiers signes d’ennui.

Dans tous les cas, il s’agit d’existence.

Excité ou non, il existe dès qu’il se prend à ses propres jeux. On le voit alors s’emballer avec passion devant de nouveaux projets toujours plus grandioses, tel Michel-Ange devant le marbre de David.

Il y a bien, parfois, un peu de calcul, mais la précision n’est pas pour lui. Ce fut sa première leçon. La subtilité peut-être, la profondeur sans doute, car ses travaux ne manquent pas de densité, mais de précision non, et de patience encore moins.

Il faudra reparler de la patience. Car après tout, ne passe-t-il pas des heures agenouillé ou en tailleurs, comme un priant, devant ses nappes en papier qu’il recouvre de châteaux colorés, à dessiner sans véritablement se soucier du confort nécessaire à cette réalisation ? On pourrait parfois presque croire qu’une certaine dose de souffrance est préméditée, ou lui est nécessaire pour travailler.

Souffrir c’est sentir dit-il, mais peut-être s’agit-il aussi, par l’effort (et la durée) de laisser une part de soi (de son corps ? De son énergie ?) Il faut qu’il lui en coûte.

Cette douleur est peut-être le don nécessaire de soi-même pour se convaincre d’une certaine valeur de ce qu’on fait. L’art paraît si simple et si gratuit, un luxe, que se le permettre sous-entend un don en contrepartie. Un don de soi par la souffrance, ou le mot énorme de « travail ».

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